Le mélange Sapin (Abies alba) et Epicéa (Picea abies)

Cette étude évalue le potentiel biologique de co-produits de résineux issus d’un mélange de sapin (Abies alba) et d’épicéa (Picea abies). La matière première a été soumise à un fractionnement par extraction en fluide supercritique (SFE), générant quatre fractions distinctes caractérisées par un gradient de polarité croissant (Fractions 1 à 4). L’évaluation in vitro des propriétés fongicides, insecticides (mortalité larvaire) et antioxydantes met en évidence une corrélation inverse et systématique entre la nature hydrophobe ou hydrophile des extraits et leurs signatures d’activité biologique.
Les screenings biologiques révèlent une compartimentalisation nette des métabolites secondaires actifs au sein de la matrice forestière :
- Fractions riches en molécules apolaires (Fractions 1 et 2) — Les extraits à forte affinité hydrophobe concentrent les agents biocides de la biomasse. Les composés hautement lipophiles présents induisent une mortalité larvaire radicale et une inhibition fongique majeure, mais s’avèrent dépourvus de propriétés antioxydantes.
- Fraction riche en molécules polaires (Fraction 4) — L’augmentation de la polarité des composés extraits neutralise le pouvoir biocide au profit d’un effet antioxydant protecteur significatif, lié à la solubilisation de molécules hydrophiles.
- Fractions de polarité moléculaire intermédiaire (Fraction 3) —Cet extrait présente un compromis d’efficacité, optimisant l’activité antifongique globale tout en maintenant une toxicité larvaire modérée.

L’évaluation quantitative du pouvoir fongicide indique que l’inhibition du développement fongique est significativement corrélée aux molécules présentes dans les fractions apolaires. Les cinétiques de croissance mettent en évidence deux profils distincts selon la polarité des composés.
L’activité inhibitrice est concentrée au sein des phases extractibles de faible à moyenne polarité. La fraction 1 (hautement apolaire) induit une cytotoxicité aiguë significative, limitant la croissance mycélienne dans des proportions comprises entre 50 % et 80 % selon les souches cibles. La fraction 2 (apolaire) présente un profil d’inhibition homogène et statistiquement stable, se maintenant dans un intervalle de 40 % et 60 %. La dose d’extraction optimale est atteinte avec la Fraction 3 (polarité intermédiaire), qui manifeste le pouvoir fongistatique le plus important, avec des taux d’inhibition systématiquement supérieurs à 60 % et des pics d’activité atteignant 80 %. L’introduction d’un solvant au cours du procédé SFE favorise l’extraction de molécules à activité fongicide.
Le passage à une phase d’extraction enrichie en molécules hautement polaires induit une perte quasi totale de l’activité antifongique. Pour cette fraction (fraction 4), l’inhibition moyenne n’atteint que 15 % à 20 %.

Les essais de toxicité aiguë menés sur les larves juvéniles révèlent une cinétique de mortalité dépendante du caractère hydrophobe des molécules extraites. Les taux de survie observés mettent en évidence une modulation de l’activité biocide induite par le gradient de polarité des extraits :
Les molécules apolaires concentrées dans la fraction 1 induisent la toxicité aiguë la plus élevée de la série expérimentale. La cinétique met en évidence une réduction significative (***, p < 0.01), de la population larvaire dès le deuxième jour d’incubation (J2), tendant vers une létalité quasi totale (population résiduelle proche de zéro) au terme de l’étude. Ces données confirment le pouvoir larvicide direct de cette fraction apolaire.
Les fractions renfermant des composés de polarité moyenne (fraction 2 et 3) affichent une cinétique de mortalité plus lente et progressive. Au terme du suivi expérimental (J4), la charge larvaire résiduelle se maintient à une dizaine d’individus vivants. Bien que l’effet biocide soit statistiquement validé à long terme, le taux de mortalité demeure inférieur à celui observé pour la première fraction.
La fraction enrichie en molécules à forte polarité (fraction 4) montre une absence d’activité larvicide significative, avec une survie moyenne de 15 individus au jour J4. Le solvant polaire utilisé dans cette condition s’avère inapte à solubiliser les molécules actives requises pour altérer la viabilité des larves.
En conclusion, le potentiel insecticide sur ce mélange d’Abies alba et de Picea abies est corrélé à la présence de molécules de faible polarité.

La quantification de la capacité de piégeage des radicaux libres, exprimée en Équivalents Acide Gallique par microgramme d’extrait (μg EqAG/μg), est corrélée positivement au gradient de polarité des fractions.
En effet, la capacité antioxydante maximale est obtenue avec la fraction la plus polaire (fraction 4), qui atteint une valeur moyenne de 12,5 μg EqAG/μg. Malgré un écart-type intra-groupe élevé traduisant une hétérogénéité des composés extraits dans cette phase, l’activité de cette fraction demeure statistiquement supérieure à celle de l’ensemble des autres conditions testées.
Les fractions 2 et 3 présentent un pouvoir réducteur intermédiaire significatif. La fraction 2 se distingue par une valeur d’activité stable et hautement reproductible de 10,2 μg EqAG/μg, caractérisée par une variance minimale. La fraction 3 présente une activité antioxydante plus modérée, se stabilisant à 5,7 μg EqAG/μg.
La fraction hautement apolaire (fraction 1) s’avère inactive, avec un pouvoir antioxydant de moyenne de 1,7 μg EqAG/μg.
Ces données démontrent que les paramètres d’extraction purement hydrophobes ne permettent pas l’extraction de molécules responsables de l’activité antioxydante.

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